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Conflit entre associés

Conflit entre associés SAS : comment sortir du blocage ?

Conflit entre associés dans une SAS
Sommaire

Dans une SAS, les conflits entre associés prennent souvent une forme particulière. La société fonctionne beaucoup par les statuts : répartition des pouvoirs, règles de majorité, agrément, exclusion, modalités de sortie. Quand la relation se dégrade, le premier réflexe n'est donc pas seulement de regarder qui détient combien de capital, mais de relire précisément ce qui a été prévu au départ.

Un conflit entre associés de SAS peut naître d'un blocage à 50/50, d'une décision contestée, d'une exclusion, d'une révocation de dirigeant, d'un désaccord sur la valeur des actions ou du refus d'un associé de céder. La réponse dépend alors autant du droit des sociétés que de la rédaction des statuts et du pacte d'associés.

Pourquoi les conflits entre associés sont-ils particuliers en SAS ?

La SAS laisse une grande liberté d'organisation aux associés. Le Code de commerce prévoit que les statuts fixent les conditions dans lesquelles la société est dirigée et déterminent largement la manière dont les décisions collectives sont prises.

Cette souplesse est un avantage au moment de créer la société. Elle devient parfois une difficulté lorsque les statuts ont été rédigés trop vite ou copiés sur un modèle standard.

Deux SAS ayant exactement la même répartition du capital peuvent donc connaître des issues très différentes en cas de conflit, selon que leurs statuts prévoient ou non :

  • des majorités renforcées sur certaines décisions ;
  • une clause d'agrément ;
  • une clause d'exclusion ;
  • une période d'inaliénabilité ;
  • un mécanisme de sortie en cas de blocage ;
  • des pouvoirs particuliers pour le président ou un directeur général.

Premier réflexe : relire les statuts et le pacte d'associés

Avant toute mise en demeure ou procédure, il faut comprendre les règles du jeu réellement applicables à votre SAS.

Je regarde en priorité :

  • ‍la répartition du capital et des droits de vote : ils ne coïncident pas toujours ;‍
  • les règles de majorité : décisions ordinaires, décisions stratégiques et décisions réservées ;‍
  • les pouvoirs du président et des autres dirigeants ;‍
  • les clauses de cession : agrément, préemption, inaliénabilité et sortie conjointe ;‍
  • la clause d'exclusion, si elle existe ;‍
  • les mécanismes prévus dans le pacte : promesse de cession, valorisation, deadlock, good leaver / bad leaver.

Dans une SAS, vouloir agir sans cette lecture préalable revient souvent à choisir un recours avant de connaître les règles qui encadrent le conflit.

Quelles situations provoquent le plus souvent un conflit entre associés de SAS ?

Les mêmes scénarios reviennent régulièrement :

  • deux associés détiennent chacun 50 % et aucune décision importante ne passe ;
  • un associé majoritaire impose une décision au détriment du minoritaire ;
  • un minoritaire bloque une opération essentielle ;
  • le président prend des décisions sans respecter les accords internes ;
  • un associé souhaite sortir mais personne ne s'accorde sur le prix ;
  • les autres associés veulent exclure un associé devenu incompatible avec le projet ;
  • un investisseur ou un fondateur veut céder ses actions à un tiers contesté ;
  • un associé quitte l'activité opérationnelle mais conserve ses titres et ses droits de vote.

Le point commun est presque toujours le même : les intérêts des associés ont divergé alors que les statuts avaient été pensés pour une période où tout le monde avançait dans la même direction.

Blocage des décisions dans une SAS : les statuts ne peuvent pas tout prévoir

La liberté statutaire de la SAS est large, mais elle n'est pas illimitée.

La Cour de cassation, réunie en Assemblée plénière le 15 novembre 2024, a rappelé qu'une décision collective ne peut être considérée comme adoptée que si elle réunit au moins la majorité des voix exprimées. Une clause permettant d'adopter une résolution avec moins de voix favorables que de voix défavorables ne peut donc pas produire cet effet.

C'est un point important en cas de conflit : une clause de majorité très atypique ne doit pas être appliquée mécaniquement sans vérifier sa validité.

Depuis la réforme entrée en vigueur le 1er octobre 2025, le régime de nullité des décisions sociales a par ailleurs été resserré. La sanction d'une décision irrégulière doit donc être étudiée précisément selon la règle violée ; la simple violation d'une clause statutaire n'entraîne pas automatiquement l'annulation.

SAS à 50/50 : que faire quand plus rien ne passe ?

Le blocage à 50/50 est l'un des conflits les plus difficiles à gérer. Aucun associé ne peut imposer seul une décision et, si les statuts n'ont prévu aucun mécanisme de déblocage, la société peut rapidement perdre de la valeur. L'article Blocage associés 50/50 : comment sortir de l'impasse ? traite précisément de la stratégie de sortie lorsque les deux associés disposent d'un pouvoir égal.

Plusieurs voies peuvent être envisagées selon les documents signés :

  • mettre en œuvre une clause de deadlock ou de sortie croisée ;
  • négocier le rachat des actions de l'un par l'autre ;
  • faire entrer un tiers accepté par les deux parties ;
  • réorganiser les pouvoirs sans modifier immédiatement le capital ;
  • utiliser un mécanisme de médiation ou de conciliation prévu au pacte ;
  • en dernier recours, envisager une action judiciaire adaptée au niveau réel de paralysie.

Une mésentente entre deux associés ne suffit pas, à elle seule, à justifier la dissolution de la société. Pour une dissolution judiciaire pour justes motifs, le conflit doit notamment atteindre un niveau tel qu'il paralyse le fonctionnement social.

Peut-on exclure un associé d'une SAS ?

Oui, mais pas simplement parce que les relations sont devenues mauvaises.

Le Code de commerce permet aux statuts d'une SAS de prévoir qu'un associé pourra être tenu de céder ses actions. C'est la base juridique de la clause d'exclusion.

Pour qu'elle puisse être utilisée, il faut notamment vérifier :

  • qu'une clause d'exclusion existe réellement dans les statuts ;
  • qu'elle définit les cas ou conditions permettant sa mise en œuvre ;
  • que la procédure prévue a été respectée ;
  • que l'associé concerné a pu exercer les droits auxquels il peut prétendre pendant la procédure ;
  • que le prix de cession peut être déterminé selon le mécanisme applicable.

On ne peut donc pas improviser une exclusion au moment où le conflit éclate. Si les statuts sont silencieux, il faut rechercher d'autres leviers.

La loi permet aujourd'hui que l'adoption ou la modification d'une clause d'exclusion soit décidée collectivement selon les conditions et formes prévues par les statuts. Il faut toutefois vérifier la version des statuts applicable et les majorités qu'ils imposent.

Comment est fixé le prix des actions en cas d'exclusion ou de cession forcée ?

Le prix est souvent le deuxième conflit à l'intérieur du premier.

Lorsqu'une clause statutaire d'agrément, d'exclusion ou de changement de contrôle est mise en œuvre et que les statuts ne prévoient pas les modalités du prix, le Code de commerce prévoit que le prix est fixé par accord entre les parties ou, à défaut, selon le mécanisme d'expertise de l'article 1843-4 du Code civil.

Une formule de valorisation écrite à l'avance peut donc être déterminante. Elle doit toutefois être suffisamment précise pour pouvoir être appliquée plusieurs années plus tard.

Si votre conflit porte surtout sur une clause de sortie ou une décote, vous pouvez aussi consulter l'article consacré aux clauses de good leaver et de bad leaver.

Clause d'agrément : peut-on empêcher un associé de vendre à un tiers ?

Les statuts d'une SAS peuvent soumettre toute cession d'actions à l'agrément préalable de la société.

Lorsqu'une telle clause existe, il faut la relire avec précision :

  • quelles cessions sont concernées ;
  • qui prend la décision d'agrément ;
  • selon quelle majorité ;
  • dans quel délai ;
  • quelles conséquences sont prévues en cas de refus.

Un pacte d'associés peut ajouter une préemption ou d'autres engagements entre signataires, mais il ne faut pas confondre le mécanisme contractuel du pacte avec la clause statutaire qui organise officiellement les transferts d'actions.

Une clause d'inaliénabilité peut-elle empêcher un associé de sortir ?

Les statuts d'une SAS peuvent prévoir que les actions sont inaliénables pendant une période qui ne peut pas dépasser dix ans.

Si un associé veut partir pendant cette période, il faut donc vérifier la portée exacte de la clause, sa date de départ et les éventuelles exceptions prévues. Là encore, la volonté de sortir du projet ne suffit pas à neutraliser une stipulation statutaire valable.

Ce type de clause explique pourquoi la stratégie de sortie doit être anticipée dès la création ou l'entrée au capital.

Abus de majorité, abus de minorité et abus d'égalité dans une SAS

La liberté statutaire n'autorise pas tous les comportements.

Un associé majoritaire peut commettre un abus lorsque la décision est contraire à l'intérêt de la société et prise dans le but de favoriser les majoritaires au détriment des minoritaires. À l'inverse, un minoritaire peut également abuser de sa position de blocage lorsqu'il empêche une opération essentielle dans son seul intérêt.

À 50/50, on parle parfois d'abus d'égalité lorsque l'un des associés utilise son pouvoir de blocage de façon abusive. La qualification dépend toujours des faits et de l'intérêt social.

Pour le détail du régime de l'abus de majorité, voir Abus de majorité : le reconnaître, le prouver et le faire sanctionner.

Conflit avec le président de la SAS : attention aux pouvoirs à l'égard des tiers

Dans les rapports avec les associés, les statuts peuvent encadrer les pouvoirs du président. Mais à l'égard des tiers, le président dispose de pouvoirs très étendus pour représenter la société et les limitations statutaires de ses pouvoirs ne sont pas opposables aux tiers.

C'est une distinction importante. Si le président a signé un contrat en méconnaissance d'une limitation interne, la réponse ne consiste pas forcément à faire disparaître le contrat conclu avec le tiers. Il peut être nécessaire de raisonner en responsabilité interne, en gouvernance ou en révocation.

Peut-on obliger un associé de SAS à vendre ses actions ?

Il n'existe pas de droit général permettant à un associé d'obliger l'autre à vendre uniquement parce que la relation est devenue impossible.

Une cession forcée peut toutefois résulter :

  • d'une clause d'exclusion prévue dans les statuts ;
  • d'une promesse de cession valablement conclue dans un pacte ;
  • d'un mécanisme de good leaver / bad leaver ;
  • d'une clause de sortie croisée ou de déblocage ;
  • d'un accord négocié après l'apparition du conflit.

La première question n'est donc pas « comment forcer mon associé à partir ? », mais « quel mécanisme avons-nous déjà signé et peut-il réellement être mis en œuvre ? ».

Faut-il aller au tribunal en cas de conflit entre associés SAS ?

Pas nécessairement. Beaucoup de conflits se règlent par une négociation structurée lorsque chacun comprend clairement ce qu'il peut obtenir ou perdre en cas de contentieux.

La procédure devient utile lorsqu'il faut notamment :

  • contester une décision sociale ;
  • faire respecter un engagement contractuel ;
  • obtenir ou préserver une preuve ;
  • faire constater un abus ;
  • demander une mesure permettant de rétablir le fonctionnement de la société ;
  • solliciter, dans les situations les plus graves, une dissolution pour justes motifs.

Le contentieux est un outil, pas un objectif. Il doit servir une stratégie de sortie, de protection ou de reprise du contrôle.

Quels documents préparer avant de faire analyser le conflit ?

Pour éviter de perdre du temps, rassemblez autant que possible :

  • les statuts à jour de la SAS ;
  • le pacte d'associés et ses avenants ;
  • la table de capitalisation et la répartition des droits de vote ;
  • les procès-verbaux des dernières décisions collectives ;
  • les convocations et projets de résolutions ;
  • les échanges importants entre associés ;
  • les documents relatifs à une proposition de rachat ou de cession ;
  • les comptes récents si la valorisation ou l'intérêt social est discuté.

Ajoutez une chronologie simple des faits. Dans un conflit entre associés, elle est souvent plus utile qu'un long récit : qui a décidé quoi, quand, avec quel vote et quelle conséquence.

Les erreurs à éviter pendant un conflit entre associés de SAS

Quelques réflexes peuvent rapidement aggraver la situation :

  • ‍Réagir uniquement sur le rapport de force capitalistique. En SAS, les statuts peuvent modifier profondément l'équilibre réel des pouvoirs.‍
  • Exclure un associé sans relire la clause d'exclusion. Une procédure mal appliquée ouvre un nouveau contentieux.‍
  • Bloquer toutes les décisions par principe. Votre propre comportement peut ensuite être discuté.‍
  • Démissionner ou céder dans l'urgence. Vous pouvez perdre un levier important.‍
  • Négocier un prix sans relire la formule de valorisation existante. Elle peut déjà s'imposer aux parties dans certaines hypothèses.‍
  • Confondre une violation des statuts avec une annulation automatique. Le régime de nullité a été profondément resserré depuis octobre 2025.

Comment j'accompagne un conflit entre associés de SAS

J'interviens d'abord sur les documents : statuts, pacte, procès-verbaux, échanges et répartition du capital. L'objectif est de comprendre les leviers réellement disponibles avant d'engager une négociation ou une procédure.

La stratégie dépend ensuite de votre objectif : rester dans la SAS, reprendre la main, faire sortir l'autre associé, céder vos propres actions ou obtenir la réparation d'un préjudice.

Vous pouvez également consulter la page dédiée aux conflits entre associés ou l'article plus général sur les recours en cas de conflit entre associés.

Questions fréquentes sur les conflits entre associés SAS

Trois questions reviennent particulièrement souvent lorsque le conflit se cristallise dans une SAS.

Peut-on exclure un associé de SAS sans clause d'exclusion ?

La clause d'exclusion prévue par le Code de commerce suppose un mécanisme statutaire. Si les statuts ne prévoient rien, il faut rechercher un autre fondement : promesse de cession, accord négocié, clause du pacte ou autre recours adapté à la situation.

Nous sommes deux associés à 50/50 : qui a le dernier mot ?

Personne par principe. Tout dépend des droits de vote, des règles de majorité et des pouvoirs confiés aux dirigeants par les statuts. S'il n'existe aucun mécanisme de déblocage, le conflit peut devenir très rapidement paralysant.

Un associé minoritaire peut-il bloquer une décision en SAS ?

Oui si les règles de majorité lui donnent un pouvoir de blocage. Mais ce pouvoir n'est pas sans limite : lorsqu'il est utilisé contre l'intérêt de la société dans le seul but de favoriser l'intérêt personnel du minoritaire, la question d'un abus de minorité peut se poser.

Vous êtes déjà confronté à un blocage dans votre SAS ? Réservez un appel diagnostic pour faire le point sur les statuts, le pacte et les options de sortie.

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